L'univers artistique et rural d'Annie St-Jean

14 septembre 2015

Annie Saint-Jean œuvre en tant qu'artiste de la relève professionnelle dans le domaine de la photographie argentique contemporaine depuis 2012. Elle présente jusqu'à la mi-octobre son exposition solo « Paysages : richesse collective rurale » au Musée du Bronze d'Inverness.

Dans cette exposition, l'artiste se questionne sur le sujet qu'est le paysage en tant que richesse commune d'un village et de sa population et sera sur place lors des Journées de la culture les 26 et 27 septembre afin d'accueillir le public et partager sa passion pour l'écriture de la lumière sur la pellicule.

Originaire de la région de Montréal, elle s'est installée à Inverness en 2003 afin de travailler à l'Atelier du Bronze après ses études collégiales en arts plastiques et en joaillerie. Elle adore évoluer dans cet univers artistique et rural.

«Mon père est photographe et j'ai toujours hérité de ses anciens appareils photo argentiques. Il m'a toujours montré comment les utiliser et c'est ainsi que j'ai développé la passion pour cette technique (procédé chimique pour le développement de photos) et que je n'ai jamais passé à l'ère du numérique», explique-t-elle.

Elle avoue cependant que son amour pour la photographie a commencé à prendre de plus en plus de place dans sa vie quand son copain, Carl Raymond qui est lui-même photographe, lui a offert à son tour un appareil de type argentique. «C'est à partir de ce moment que je me suis à m'éclater dans la photographie et à donner rêve à mes photos.»

Depuis quelques années, la photo est devenue plus qu'un hobby pour celle qui désire en faire une carrière. «Les trucs conventionnels ne m'intéressent pas. Je suis attirée par la photo créative qui m'amène à manipuler la pellicule et à faire des recherches artistiques. Le côté ancien de cette technique me plaît beaucoup parce que j'ai l'impression d'aller à l'essentiel de l'image», souligne-t-elle.

L'expositionDans le premier volet de cette exposition, les images oniriques à expositions multiples effectuées sur pellicule photographique font la singularité de ses œuvres. Elle transporte le spectateur dans un univers où la fiction et la réalité se métissent. Le public y découvre neuf photographies de paysage conçues sur le territoire d'Inverness tout au long d'une année entière, au fil des saisons.

«Les gens reconnaîtront la côte des bœufs, le tunnel d'arbres et la rivière Bécancour. Ce sont des lieux connus que j'interprète à ma façon puisque je joue beaucoup aussi avec la superposition», d'ajouter l'artiste qui précise que les paysages sont une source d'inspiration sans fin, dans son cas.

Dans le deuxième volet de son exposition, Annie Saint-Jean présente les portraits monochromes des habitants posés individuellement dans un paysage chargé de sens à leurs yeux. Ainsi, 48 habitants volontaires de professions et d'âges différents se sont trouvés impliqués dans ce projet artistique qui a nécessité l'utilisation d'un appareil photographique à sténopé (camera obscura) qui transporte le spectateur à une époque révolue.
«C'est une exposition qui rend hommage aux gens d'Inverness»

Chaque portrait est également accompagné d'un court texte obtenu grâce aux confidences des participants au fil des mois de réalisation ce qui donne une dimension intime et touchante à l'œuvre. Elle s'est d'ailleurs servie des histoires recueillies auprès de ces personnes pour citer les photographies contenues dans le premier volet de son exposition.

«Ce projet a comme ravivé le sentiment d'appartenance dans notre village. Il a réuni des agriculteurs, mais aussi beaucoup d'artistes à cause de nos fonderies de bronze. Je le voulais unificateur», souligne-t-elle expliquant que tous les portraits individuels se retrouvent sur un immense cadre fait de bois de grange démontrant qu'avec leurs différences et leurs forces respectives, les habitants du village forment ensemble une communauté sincèrement touchante. «C'est une exposition qui rend hommage aux gens d'Inverness.»

«Ce contact avec les gens était nouveau pour moi», de poursuivre Mme Saint-Jean racontant que les participants ont été surpris du résultat. «Comme ce ne sont pas des clichés numériques, on observe un petit flou sur les photos qui leur donnent un air quelque peu mystérieux rappelant que l'appareil utilisé n'a aucune lentille et que ce n'est que la lumière qui passe à travers un trou d'épingle qui s'en va sur la pellicule, de là le côté ancien de la photo grâce à cette technique qui date de 1843.»

«J'en ai évidemment beaucoup appris sur le coin, les gens me parlant de leur attachement pour Inverness. Cela m'a également permis de prendre des photos dans des endroits que je n'ai habituellement pas accès», de conclure celle qui invite les gens à profiter des Journées de la culture pour venir la rencontrer.

Nouveau projetPar ailleurs, l'artiste qui a profité d'une bourse de 10 500 $ du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et de la Conférence régionale des élus du Centre-du-Québec (CRÉ) pour la réalisation de cette exposition prépare un autre projet pour 2016 qui pourrait également bénéficier d'une subvention de la CALQ.

Elle s'apprête à réaliser des portraits grandeur nature de gens porteurs d'utopie rurale, c'est-à-dire qui ont des idées originales et qui amène quelque chose d'important pour leur communauté, et ce, dans le cadre du 10e anniversaire de Clairière art et nature de Chesterville, un projet qu'elle réalisera en collaboration avec l'écrivaine Andrée-Anne Fréchette qui écrira un poème et une courte biographie de chacune des personnes choisies.

Source : La Nouvelle Union