Frédéric Metthé exhume l'histoire avec «Le cimetière oublié»

26 septembre 2016

Peu de gens, même les résidents de Notre-Dame-de-Ham, connaissent cette histoire, de triste mémoire, du premier cimetière paroissial dont il ne reste aucune trace aujourd'hui. Et pourtant, quelque 350 sépultures y sont toujours enfouies. Même le réalisateur Frédéric Metthé, résidant dans la Municipalité depuis 20 ans, l'a apprise… au fur et à mesure du tournage de son documentaire «Le cimetière oublié».

Il le présentera au public, à la salle communautaire de Notre-Dame-de-Ham, le samedi 15 octobre, à 19 heures. Il fera voir son documentaire en version longue (52 minutes), l'ayant retravaillé pour le réduire à 36 minutes afin de le soumettre à des festivals comme le Festival international des films sur l'art de Montréal, le Cinéma du monde à Sherbrooke, le CinéVue de Magog, les Rendez-vous du cinéma québécois. Il l'a également soumis à ARTV.

Par ce film, son premier du genre, M. Metthé exhume la triste histoire du premier cimetière de Notre-Dame-de-Ham, implanté en 1850 bien avant l'érection de la municipalité en 1897. En 1952, parce que les fossoyeurs butaient sur les tombes chaque fois qu'il voulait inhumer une dépouille, le curé d'alors obtenait de l'archevêque de Sherbrooke l'autorisation de «déménager» le cimetière là où il se trouve aujourd'hui en bordure de la route 160.

Et «déménager» le cimetière signifiait alors «déménager» ses sépultures. C'est ce qu'ont dû faire les proches et les descendants de quelque 150 disparus. Les 350 corps restants (dont ceux de 280 enfants) n'ont pas été déplacés, encore enfouis aujourd'hui sous une plantation d'épinettes dans le 1er rang Sud.


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Du cimetière actuel, on a une vue sur le cimetière disparu. Il était situé derrière cette grande que l'on voit au loin à droite.

©(Photo TC Media - Hélène Ruel)


Des ancêtres bulldozés

«C'est abominable ce qu'on a fait à notre passé. Nos ancêtres, on les a bulldozés», déplore Guy Hudon qui a été conseiller et maire de la Municipalité. M. Hudon est celui qui a donné l'impulsion aux chargées de projet Geneviève Boutin et Christelle Leclerc ainsi qu'à Frédéric Méthé afin de «réhabiliter» la mémoire de ces ancêtres abandonnés.

«Le cimetière oublié» s'attarde à son témoignage ainsi qu'à ceux de quelques personnes ayant dû s'atteler à une aussi épouvantable corvée que de déterrer leurs morts. Lise Nolet rapporte ce que son père lui avait raconté, ayant retrouvé son épouse Laurette dans sa tombe telle qu'elle y avait été déposée quelques années auparavant.

Ce ne fut pas le cas pour Georges Pellerin qui, ayant perdu sa mère alors qu'il était enfant, l'avait exhumée en compagnie de son père des années après. La tombe s'est désintégrée, le squelette de sa mère s'est désarticulé. N'ayant en tête que cette image d'os dans une petite boîte, M. Pellerin a perdu le goût d'aller la visiter au cimetière. «Mauvais souvenir!», soupire-t-il.

Le déplacement s'est fait en quelques mois. Et s'il est resté tant de sépultures par la suite, c'est que bien des gens se refusaient à déterrer leurs morts. D'autres ne l'auraient tout simplement pas su. Pourquoi ne pas avoir créé un deuxième cimetière? Frédéric Metthé ne peut que supputer. «Aujourd'hui, il y aurait eu un Guy Hudon pour proposer la création d'un comité de protection et d'entretien du premier cimetière. Peut-être était-on trop pauvre pour en entretenir deux? Peut-être qu'à cette époque, la décision du curé pesait de tout son poids. On sait toutefois que le déménagement a provoqué de la colère, même chez ceux qui ont accepté de déterrer leurs morts. Révoltés, certains les ont inhumés ailleurs qu'à Notre-Dame-Ham.»

S'est ajouté au drame de ceux qui ont vécu l'épreuve de déterrer leurs morts, le fait que le cimetière ait finalement été complètement abandonné.

Après le déménagement du cimetière, le spectacle était désolant, semble-t-il, avec des trous un peu partout, des restes de pierre et de monuments. C'est d'ailleurs sur des bases de monument que s'est assise la grange qu'on peut encore voir dans le voisinage du cimetière oublié.

Quelques années plus tard, à la faveur de l'«ère Duplessis» qui subventionnait l'ouverture de terres, le terrain de trois acres a été bulldozé jusque dans le ravin.

Le projet initial pour lequel la Municipalité a obtenu des fonds de la MRC d'Arthabaska visait à réhabiliter, par un monument créé avec ce qui restait de l'ancien, la mémoire de ce cimetière originel. «Sans fouiller la terre, on a cherché des pierres tombales dans le pourtour du cimetière, mais on n'a rien trouvé», révèle M. Metthé.

En lieu et place, une croix de fer a été forgée par Daniel Béliveau et installée dans le cimetière actuel. Des plaques commémoratives rappellent brièvement l'histoire ainsi que les noms des 500 personnes inhumées à Notre-Dame-de-Ham jusqu'en 1952. Même les archives municipales sont à peu près muettes sur cette histoire qui a provoqué la pire «chicane de famille» à Notre-Dame-de-Ham comme le raconte Claude Langlois, rappelant que le cimetière se situait sur le lot de sa famille.

À l'instar de M. Hudon, le réalisateur estime qu'il était important de déterrer cette histoire, même s'il n'y a pas de quoi pavoiser. «Il y a eu errance du côté de la fabrique ou du diocèse. Quelqu'un quelque part n'a pas fait sa job», dit le documentariste.

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Une des plaques rappelant l'existence d'un premier cimetière. Sur les deux autres, on peut retracer les noms de toutes les personnes inhumées à Notre-Dame-de-Ham entre 1897 et 1952.
(Photo TC Media - Hélène Ruel)
Un drame qu'on va revivre

Ce drame, d'autres municipalités l'ont vécu… pas plus loin qu'à Ham-Nord où une usine serait assise sur l'un des deux anciens cimetières de la paroisse, signale-t-il. «Et je pense que c'est un drame qu'on va revivre», alors qu'il devient difficile pour les petites communautés d'entretenir leur patrimoine religieux, croit-il.

Son documentaire, Frédéric Metthé l'a ciselé comme une œuvre d'art. Il en a léché les images, soigné la musique, choisi les angles, retournant sur des sites pour capter le «bon soleil», la lumière appropriée. «Je l'ai voulu lent comme le film «Les ailes du désir» de Wim Wenders. Une lenteur qui alimente la réflexion… tout en racontant une histoire invraisemblable.» Il en est encore bouleversé.

Avec sa caméra à 4000 $, son micro à 300 $, il a mis 27 jours à tourner, 100 heures à monter ce documentaire qui lui a beaucoup appris, au plan technique. L'aventure l'a enthousiasmé par son côté humain. Il a fait appel à la poésie de Jean-Guy Lachance pour saluer le retour des ancêtres : «Au long sortir de l’hiver/ dans l’ombre de l’oubli/nous voici revenus/ce village debout dans les montagnes/dans la maison de nos peines/dans la maison de nos joies/ amis, parents nous voici revenus dans la région (…)»


Source : La Nouvelle Union